échec conjugal

L’échec conjugal, une chance !

Je vous l’accorde le titre est un tantinet provocateur ; il porte à réfléchir sur le sens de ces deux mots mis côte à côte en situation de divorce.

En quoi l’échec conjugal serait une chance ?

Voilà l’idée paradoxale qui pointe le bout de son nez ; une vision optimiste de la réalité que tout un chacun ne partage pas naturellement ! Chance pour certains car le changement de cap leur est bénéfique et une nouvelle vie, à peine espérée, se fait jour sur les catastrophes d’hier. Pour d’autres, il y a « avant » et tous les souvenirs heureux qui s’y rattachent et « après » et son cortège de malédictions : perte de niveau de vie, éloignement des enfants, réseau social difficile à reconstruire, solitude, mésestime de soi, perte du goût de la vie… Face aux changements nous avons le choix entre différentes attitudes : évolution, révolution ou stabilité.

Cependant l’étape incontournable consiste à reconnaître l’échec conjugal.

Il s’agit, non pas de percevoir la situation comme un accident que le rétablissement de la situation antérieure suffirait à réparer, mais plutôt comme l’opportunité d’un nouveau commencement, l’origine d’une nouvelle orientation, un défi à relever.

Coachs et psychothérapeutes s’attachent à vous aider à rebondir après ce deuil : celui du couple idéal, d’une certaine forme de famille, de l’ amour  qui rime avec « toujours ». Faire son deuil est l’étape incontournable d’un renouveau [1].

Mais comment est-ce possible ?

Je vous livre ci-après le fruit de mon expérience de 27 années d’accompagnement.

Penchons nous d’abord sur ce qu’est un échec.

  • La peur de l’échec est une vertu. Elle nous permet tout simplement  de ne pas rester indifférents aux conséquences de nos actes. Elle est donc souhaitable jusqu’à un certain point. Savoir faire l’autopsie d’un échec pour sortir de la rumination négative et pour tirer la leçon est indispensable.
  • L’important est de ne pas rester seul car c’est moins l’échec lui-même que l’échec vu par les autres qui nous fait souffrir. Il est  intéressant de vérifier auprès des autres la perception de ce qui s’est passé. L’on est parfois surpris par l’écart qu’il peut exister d’une part entre ce que nous percevons de ce qui s’est passé à l’intérieur de nous et d’autre part le jugement réellement porté par autrui. Les autres se  montrent souvent plus bienveillants que l’on pourrait l’imaginer.
  • Se dénigrer quand nous faisons des erreurs nous portera, si nous n’y prenons garde, à passer notre vie en dépression. Ressasser nos échecs nous portera à ne voir qu’une seule partie du problème : la partie sombre. Et, si nous ne savons pas nous relier à nous-mêmes avec empathie, alors il nous sera très difficile de le faire avec autrui. La spirale s’autoalimentera dans un environnement qui, culturellement, nous porte plus facilement à voir ce qui ne va pas plutôt que tout ce qui fonctionne. La propension des français à « râler » fait sourire nos amis européens !

Revenir sur le passé n’arrange pas la guérison. Nous sommes parfois très attachés à une « croyance » selon laquelle nous haïr nous donnerait la chance d’être pardonnés.

 échec conjugal

Une chance ?

  • La première étape de ce processus consiste à revivre activement et immédiatement tout ce qu’il s’est passé et d’essayer d’en avoir une vision balancée (on peut se faire aider par un tiers). Est-ce que cela aurait pu être pire ? Y-a-t-il des aspects positifs ? Le cerveau émotionnel ne fait pas de nuances d’où le recours à la rationalité. Cette étape « émotionnelle » est très importante et l’occulter c’est s’assurer un effet « boomerang » à l’échec suivant ! Ne pas rester seul et se faire aider est parfois salutaire. Plus l’échec est douloureux, plus le regarder en face s’avère fructueux. Ce face à face avec son échec est utilisé en psychothérapie : en se remémorant de manière consciente et précise ce qui est douloureux, l’excès de charge émotionnelle peut être désactivé. Ainsi, l’on peut stocker le souvenir émotionnellement nettoyé et corriger sa mémoire qui est « tragiquement » sélective !
  • L’acceptation. « Réjouissons-nous de notre droit à l’erreur et de la dignité que nous retirons de ce privilège. Soyons heureux d’avoir la sagesse de reconnaître nos bévues, heureux de pouvoir les utiliser comme les lantees éclairant la route de notre avenir. Les erreurs sont un mal nécessaire sur la voie de la sagesse. Sans elles, il n’y aurait pas d’épanouissement personnel, pas de progrès, pas de conquêtes. » (William Jordan)

Il nous faut faire le deuil de nos illusions et accepter avec tristesse ce qu’il nous arrive plutôt que de rationaliser ou chercher à l’expliquer par tous les moyens.

  • L’étape suivante consiste à cesser de ruminer et renoncer à chercher un coupable pour prendre nos responsabilités. C’est le seul moyen de reprendre le contrôle de la situation et tenter de trouver des réponses à l’intérieur de nous. Ce n’est qu’en me concentrant sur moi-même au lieu d’impliquer les autres, que j’arriverai à aller de l’avant.
  • Quelle place donnons-nous à la culpabilité ? La culpabilité est un sentiment, une émotion qui est utile car elle nous indique que quelque chose d’important, pour nous ou pour l’autre, n’a pas été respecté. Serait-ce tout simplement un brin d’assurance péremptoire qui s’évanouit ?… Difficile d’y échapper ; l’important est de ne pas entrer dans le cercle infeal de la culpabilisation et de s’y laisser emprisonner. Comment ? En assumant la part de responsabilité qui nous revient mais pas plus ! Plus nous acceptons ces sentiments de culpabilité, plus nous nous donnons l’opportunité de les métamorphoser.
  • Faire preuve d’humilité : accepter de descendre jusqu’aux racines de l’échec nous donnera les clés pour réussir à l’avenir. Par exemple, si je n’accepte pas d’admettre l’attitude passive que j’ai eue avec mon ex-femme lorsqu’il s’agissait de recadrer les enfants, je risque fort de recommencer dans l’union que je contracterai plus tard et de mettre à nouveau en péril mon couple ou encore, si je ne reconnais pas que j’ai été mère au détriment de mon rôle d’amante comment refaire ma vie avec un compagnon ?
  • On peut développer sa tolérance à l’échec par des petits exercices quotidiens ; les reconnaître puis les transformer.

Voici une liste d’items, regardez-les et essayez de vous les approprier en prenant un exemple de votre propre vie : déclinez le sujet selon le SCOUP !

Echec  =   Succès
Pourquoi  =   Comment
Problème  =   Objectif
Vrai-faux  =   Utile
Limite  =   Possibilité

Par exemple : mon divorce est un Succès car c’est la première fois que j’ai réussi à m’affirmer malgré ma peur d’être rejeté. Voilà Comment : en quelques mois, alors que je ne travaillais plus, j’ai pu refaire une formation et trouver un remplacement  de 6 mois bien rémunéré. Mon Objectif est de faire preuve de compétences et de flexibilité dans ce nouveau travail pour obtenir de m’y faire embaucher à temps complet. Ce travail m’a permis de trouver des collègues agréables parmi lesquelles certaines m’ont proposé de faire du sport le samedi après midi. Mon divorce m’a été très Utile, car depuis quelques années je m’étais laissé aller dans les désirs de mon ex mari et de mes enfants. J’étais grincheuse, trouvant la vie morose. Et aujourd’hui je vois que je suis capable de m’épanouir dans une vie sociale, j’apprécie mes nouvelles responsabilités et j’ai envie d’apprendre de nouvelles choses dont j’ignorais l’existence jusqu’à récemment ! Avec cette douloureuse expérience, j’envisage de nouvelles Possibilités comme de déménager en province pour retrouver un cadre de vie plus épanouissant.

  • Quant aux échecs, il est important de les relativiser car un échec l’est rarement à 100%. Et surtout, n’oublions pas que la vie se trouve ailleurs dans la rencontre, l’échange, l’action pour l’action, sans surveillance ni performance : bref se sentir vivant.
  • Lorsque l’on y songe bien, la réussite n’est que la somme des échecs dépassés. Tout comme les adieux font partie de la vie, prendre congé de ce qui a été nous libère et nous ouvre à la nouveauté. Accueillir la transformation qui s’impose nous donne de garder cette énergie disponible pour plus de créativité. A terme, l’estime de soi se construit sur des rêves brisés.
  • Prendre de la distance. Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des expériences. Nous pouvons gagner en sérénité en percevant nos échecs comme une étape d’un processus de l’apprentissage de la vie et évaluer les conséquences de nos échecs passés. Ce travail nous permet de nous rendre compte, qu’avec le temps qui passe, les conséquences nous paraissent bien moins graves. Nous survivons à nos problèmes !
  • Bien souvent, un échec est un signal qui indique une autre direction à prendre. L’échec n’est que la solution à un problème autre que celui sur lequel je suis en train de pointer mon regard.

Comment vivre sereinement ?

  • La clé consiste à ne pas nier nos émotions mais à entrer en contact avec elles pour recueillir leur message et en tirer parti. Faire la paix avec ce moment de la vie, sans ressentiment vis-à-vis du passé, ouvre à la sérénité.
  • Vivre au présent. Reconnaitre et accepter que le deuil permette des choses inenvisageables dans l’ancienne situation. C’est un apprentissage sur soi et sur les autres et aussi l’occasion de mettre en œuvre de nouvelles ressources inexplorées et suscitées par la perte elle-même. Nous pouvons accéder à de nouveaux projets, de nouvelles relations, de nouvelles compétences.
  • Pardonner si cela est possible. Pardonner, c’est renoncer à juger et non oublier. La capacité à pardonner est un grand facteur d’équilibre intérieur, c’est pourquoi toutes les traditions spirituelles en parlent et y invitent. Cependant le pardon n’est ni une esquive ni une démission. On pardonne autant pour soi que pour l’autre et cela ne suppose pas forcément la réconciliation. Il est parfois légitime et nécessaire de rompre avec des relations toxiques. C’est un processus pour lequel il est vivement recommandé de se faire accompagner, car c’est un concept souvent mal compris.

Le cadeau caché : la quête de sens.

En dernier ressort, si nous le voulons, nous pouvons attribuer un sens à ce que nous vivons. Cela relève de notre unique responsabilité. Pour paraphraser Sartre dans un autre domaine, nous pourrions dire « Je ne suis pas responsable de mon malheur, mais je suis responsable de ce que je décide d’en faire ». C’est ce à quoi je me réfère en tant que « gestaltiste[2] » lorsque mon client ou moi-même avons besoin d’aller plus loin. Nourrir la dimension spirituelle de l’Être, sans que cela ne se réfère nécessairement à un courant religieux.

Redonner du sens à nos vies en se « branchant » à nouveau sur nos véritables motivations est souvent le cadeau caché d’un échec dépassé.

©Yolande du Fayet de la Tour

Arboressence : Vivre et coacher en volume



[1] Voir l’article sur la tristesse, du même auteur

[2] « La Gestalt est une forme de thérapie qui appartient au courant humaniste. Elle souligne le sens de la responsabilité et réhabilite le ressenti émotionnel. Sa perspective est l’unification de l’homme dans ses 5 dimensions principales : physique, affective, cognitive, sociale, et spirituelle. Plutôt que d’expliquer l’origine de nos difficultés, la Gestalt s’attache à expérimenter des solutions. La Gestalt favorise un contact authentique avec les autres, un « ajustement créateur » à l’environnement ainsi qu’une prise de conscience des dysfonctionnements anachroniques qui nous poussent trop souvent à des conduites répétitives. Elle permet le repérage de nos processus de blocage ou d’interruptions dans le cycle du contact et dévoile nos inhibitions,  nos évitements ainsi que nos illusions persistantes ». (Ecole Parisienne de Gestalt, 27 rue Froideveaux, 75014 Paris. Cette école fouit des adresses de thérapeutes formés, certifiés et respectant un code éthique)

 

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